~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    ___ Reconstitutions d'habitats en plein-air.

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    ___ Reconstitutions d'habitats en plein-air.

    Message par Danelle le Sam 31 Oct - 21:34



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    Re: ___ Reconstitutions d'habitats en plein-air.

    Message par Danelle le Sam 31 Oct - 21:34

    ► DONNÉES GÉNÉRALES.




    → Pour les gisements de plein-air, il est possible de réaliser des reconstitutions grâce à la présence de trous de poteaux, de pierres de calage, de traces de pavages, et par analyse de la répartition des vestiges de part et d'autre des limites.
           
    EXEMPLE DE TRACES DE PAVAGE :

    Fond de cabane du Breuil (Dordogne).




    Les traces d'aménagements et la répartition des vestiges permettent de dire que les habitations de plein-air paléolithiques étaient assez souvent de forme circulaire. On note d'ailleurs que les habitations rondes, de types yourte, tipi ou encore igloo, résistent mieux aux vents violents.
    La superficie de ces habitations pouvait atteindre 7 m².
     









    Une représentation d'habitat paléolithique a été découvert dans la Grotte de la Mouthe (commune des Eyzies-de-Tayac, Dordogne).

    Émile Rivière y décrit "une sorte de cabane ou de hutte, l'unique représentation jusqu'à présent, que je sache, de l'habitation de l'homme à l'époque magdalénienne. Elle est figurée de trois-quarts, de façon à voir l'ouverture. Le dessin est à la fois gravé et strié et, de plus, colorié en rouge plus ou moins brun foncé, parfois même noir, comme le tachetage des Ruminants du quatrième panneau. L'extrémité antérieurs du toit est précédée de trois chevrons, également coloriés en rouge brun" (E. Rivière, Les parois gravées et peintes de la grotte de la Mouthe (Dordogne), Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 1903 Volume 4 Numéro 1).
             
                       









    Cependant, de nombreux facteurs qui nous sont inconnus entrent en compte dans la forme des habitats, comme l'influence éventuelle de la saison, le degré de nomadisme du groupe, mais aussi de nombreux choix symboliques ou culturels.
       



    Au Paléolithique supérieur, les habitats de plein-air étaient vraisemblablement des tentes recouvertes de peaux de rennes ou de chevaux ou de couvertures en matières végétales.




    L. Jourdan et J.-P. Leroy pensent que "les chasseurs du Paléolithique supérieur, nomades par nécessité, ont pu mettre au point des techniques leur permettant le transport facile à dos d'homme d'au moins la couverture de leur habitation (il parait déraisonnable de penser qu'ils l'auraient abandonnée pour en refaire une autre au prochain campement), techniques qui seraient tombées en désuétude avec l'introduction des animaux domestiques de trait qui pouvaient transporter de plus grosses charges."
    A cause de cette nécessité de transport à dos d'homme, on peut imaginer que les paléolithiques confectionnaient pour leurs tentes, plutôt qu'une couverture unique, deux demi couvertures plus facilement transportables.

    dessin Olivier-Marc Nadel,
    in DE BEAUNE, BALZEAU, Chronique de l’homme. La Préhistoire (2009).
                        



    Les armatures de l'habitation devaient être des branches de 2 ou 3 m au maximum, l'environnement glaciaire de l'époque ne permettant guère d'en trouver de plus grandes. En Europe centrale et orientale, les armatures étaient souvent réalisées avec des ossements de mammouths.
                         
                                               


    I. Pidoplichko. Site à cabanes en os de mammouths  du site de Mejiriche,
    Musée d’Histoire Naturelle de l’Académie des Sciences d’Ukraine (Kiev).
       




                                   
    → Les données archéologiques ne permettent pas de conclure quand à la forme des toitures : arrondies ou pointues.






    .


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    Re: ___ Reconstitutions d'habitats en plein-air.

    Message par Danelle le Dim 1 Nov - 19:51

    ► COMPARAISONS ETHNOGRAPHIQUES.



    Les limites de la comparaison ethnographique :

    S'il n'est pas sans intérêt de rechercher, à titre de comparaison, des informations ethnographiques sur les tentes en peaux de certains groupes nomades plus ou moins actuels, il faut rester conscient que "les renseignements ainsi obtenus ne sont peut-être pas transposables aux populations du Paléolithique supérieur, car les exemples fournis par l'ethnologie concernent toujours des groupes qui possèdent des animaux domestiques de trait : chevaux et chiens pour les Amérindiens, rennes pour les Lapons et les Paléosibériens, chiens pour les Esquimaux" (Jourdan, Leroy, 1887).




    • Les Evènes sont une ethnie du Nord de la Sibérie et de l'Extrême-Orient russe vivant de la pêche, de la chasse et de l'élevage des rennes.

    Les Evènes utilisent de grandes couvertures cousues en fourrure ou en peau de rennes dans leurs habitations.
    Dans leurs tentes, de grandes couvertures en fourrure de rennes recouvrent le sol et isolent du froid. Lorsqu'il fait très froid, au delà de moins 50°c, les Evènes ont pour habitude de recouvrir le toit de leur tente en toile avec d'épaisses peaux de renne qui,  grâce à leur qualités isolantes, empêchent la chaleur dégagée par le foyer de s'échapper.
               
                         
               

                
    • Les Yakoutes sont un peuple de langue turque dans la République de Sakha, en Sibérie.

    Les habitations des Yakoutes avaient une base de forme quadrangulaire, et étaient constituées d'une "simple charpente de perches posée sur une ceinture de rondins [...] recouverte de fourrures de rennes" (Jourdan, Leroy, 1987).

    (in Jourdan, Leroy, 1987)






    • Les Oglalas sont l'un des sept clans indiens qui forment la tribu des sioux Lakotas.

    Selon l'historien Francis Parkman (The Oregon Trail, 1847), ces indiens renouvelaient annuellement la couverture des teepees, car ils les jugeaient alors "usées et pourries" . Néanmoins, le chef Luther Ours Debout (1868-1939) rapporte dans ses souvenirs d'enfance, qu'à la fin d'une saison de chasse, la couverture du teepee était décousue afin de confectionner des vêtements (in Jourdan, Leroy, 1987).







    • Les tribus nomades nord-amérindiennes
    construisaient traditionnellement des tentes de formes extrêmement variées :






    • Les indiens de Patagonie Alakalufs "vivaient en famille sous des huttes semi-enterrées en forme de coupole fabriquées avec des branches recourbées enfoncées dans le sol. Les parois de la hutte étaient recouvertes en été d'écorce et en hiver de peaux de phoques" (Chaline, 2000).
                   




    Yves Labrèche a étudié les habitations des Inuits au Nunavik dans le Québec arctique (Habitations, camps et territoires des Inuit de la région de Kangiqsujuaq-Salluit, Nunavik, Études/Inuit/Studies, vol. 27, n° 1-2, 2003).
    "Selon nos informateurs de Kangiqsujuaq, les tentes comprenant une plate-forme arrière et appuyées sur une paroi rocheuse étaient couvertes de peaux. La peau du caribou était davantage recherchée à l'automne. Plus légère que celle du phoque, elle laissait également passer plus de lumière lorsqu'elle était utilisée comme couverture de la tente. Par ailleurs, la peau de phoque est plus imperméable et c'est probablement pour cette raison qu'en été, les tentes étaient généralement couvertes de peaux de phoque."
    "La tente était faite d'une dizaine de poteaux de bois recouverts de 10 à 15 peaux de phoque barbu retenues par des pierres. Au printemps, on prolongeait la durée de l'iglou en remplaçant une partie du dôme par une couverture de peaux de caribou. Or c'était apparemment un isolant moins efficace que la neige contre le froid. En automne, les parois de la tente étaient renforcées avec de la neige. Ce recyclage des couvertures permettait en même temps d'éviter qu'elles ne pourrissent ou ne soient rongées par les souris pendant l'entreposage".
    "En Ungava, le renouvellement des couvertures d'habitation semble avoir eu lieu surtout au printemps, car en automne, les femmes devaient confectionner intensivement des vêtements en peau de  caribou."


       
    .


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    Re: ___ Reconstitutions d'habitats en plein-air.

    Message par Danelle le Lun 2 Nov - 11:14

    ► RECONSTITUTIONS D'HABITATS DE PLEIN-AIR A PINCEVENT (SEINE ET MARNE).


    Présentation.


    " Pincevent est un lieu-dit en bord de Seine, pas loin de Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne). Une vingtaine de fois au moins au cours du XIIIe millénaire av. J.C., entre les inondations successives du fleuve, des chasseurs-cueilleurs virent y installer leurs campements. Chaque séjour de quelques semaines était consacré à la chasse et aux activités en découlant : traitement de la viande et des peaux ; taille du silex pour les outils ; réparation des armes... [...]
    Plus de vingt gisements magdaléniens ont été mis au jour en région parisienne. Parmi eux, Pincevent fait partie, avec Étiolles, des mieux conservés. Cette préservation, exceptionnelle à l'échelle mondiale, tient à l'enfouissement des niveaux d'occupation par les alluvions très fines déposées à chaque inondation de la Seine. Les vestiges sont fossilisés à l'endroit même où les personnes les ont abandonnés, et l'on peut ainsi décrypter méthodiquement l'organisation des activités quotidiennes au sein du campement" (Boris Valentin, Pincevent, la « Pompéi » du Magdalénien, L'Histoire n° 420, février 2016, Les Sociétés Préhistoriques).




    A Pincevent (12 600 ans BP), le professeur A. Leroi-Gourhan et son équipe ont étudié la répartition sur le site de nombreux témoins de l'activité humaine (outillage lithique, pierres chauffée, ocre, galets, nucléus, bois de renne, ossements animaux, etc...) et en en déduit la localisation et la forme des habitations magdaléniennes (Fouilles de Pincevent, essai d'analyse ethnographique d'un habitat magdalénien, VIIe supplément à Gallia Préhistoire, 1983).



    Exemple de la Section 26.



    Plan de répartition des pierres chauffées.
    Noter la dissymétrie de répartition des pierres par rapport au foyer V105vers l'Est.
    En pointillés et trait continu : contours théoriques des habitations.

    (in Fouilles de Pincevent, essai d'analyse ethnographique d'un habitat magdalénien, VIIe supplément à Gallia Préhistoire, 1983)



    Distribution des esquilles de débitage.
    Les nuages d'esquilles dessinent les points de débitage auprès des foyers et la configuration des amas d'élimination.


    (in Fouilles de Pincevent, essai d'analyse ethnographique d'un habitat magdalénien, VIIe supplément à Gallia Préhistoire, 1983)



    Plan de la totalité des vestiges osseux.

    (in Fouilles de Pincevent, essai d'analyse ethnographique d'un habitat magdalénien, VIIe supplément à Gallia Préhistoire, 1983)





    A. Leroi-Gourhan note que "les différentes habitations découvertes à Pincevent ont [...] le même plan et les mêmes dimensions. Cette uniformité n'a rien de surprenant et on pourrait citer de nombreux exemples aussi bien dans la protohistoire que dans le monde primitif plus récent. Le nombre de peaux nécessaires à la construction d'une tente ou le poids des perches à transporter pour constituer son armature, l'organisation des éléments de cuisine, de couchage ou de travail domestique imposent des normes de dimensions beaucoup plus constantes qu'on ne serait tenté de le penser de prime abord" (1983).
    On peut ainsi dresser un modèle théorique des habitations.

    (in Fouilles de Pincevent, essai d'analyse ethnographique d'un habitat magdalénien, VIIe supplément à Gallia Préhistoire, 1983)

    Modèle théorique des habitations.

    I : modèle conforme à celui de l'habitation n°1 ;
    II : vue oblique ;
    III : modèle avec surface couverte ovale ;
    IV : vue oblique ;
    V : vue oblique d'un modèle complet d'une unité d'habitat.

    A. foyer
    B1. Espace interne d'activité domestique
    B2. Espace externe d'activité domestique
    C. Espace réservé délimité par une cloison avec ouverture sur B ou couchette en croissant surélevé
    D. Espace d'évacuation rapproché
    E. Espace d'évacuation dispersée
    F. Espace d'évacuation raréfiée
    G. Espace de découvertes isolées




    A partir de ces données archéologiques, on peut proposer plusieurs reconstitutions :


    « Pincevent, tente » par José-Manuel Benito.


    Reconstitution du site de Pincevent.




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    Re: ___ Reconstitutions d'habitats en plein-air.

    Message par Danelle le Lun 2 Nov - 13:06

    ► ARCHÉOLOGIE EXPÉRIMENTALE : RECONSTITUTION D'UN HABITAT MAGDALÉNIEN.




    Lucien Jourdan et Jean-Pierre Leroy,
    « DES PEAUX DE RENNES, DU FIL ET UNE AIGUILLE... Essai de reconstitution d'un habitat magdalénien. »
    Éditions du CNRS, 1987.










    En 1980, Lucien Jourdan et Jean-Pierre Leroy décidèrent de tenter la reconstitution expérimentale d'une tente à l'aide des outils et des matériaux dont disposaient les Magdaléniens.



    → Ils partirent de la structure au sol du plateau du Parrain (habitat découvert près de Mussidan sur la rive droite de l'Isle, en Dordogne, par le Docteur Gaussen).




    → Ils choisirent, pour des raisons de facilité, de réaliser une charpente pyramidale, en forme de teepee, et dont la hauteur a été fixée arbitrairement à 3,50 menviron :



    → Partant du principe que "les chasseurs du Paléolithique supérieur, nomades par nécessité, ont pu mettre au point des techniques leur permettant le transport facile à dos d'hommes d'au moins la couverture de leur habitation (il parait déraisonnable de penser qu'ils l'auraient abandonnée pour en refaire une autre au prochain campement)" les auteurs ont décidé de réaliser deux demi-couvertures plus aisément transportables.

    Des peaux de rennes, non tannées (mais seulement séchées) ont été disposées en trois bandes :






    →  Aiguilles employées.

    "L'expérience a montré que les aiguilles de 6 cm de long et 1,5 à 2 mm de diamètre traversent aisément les deux épaisseurs de peaux de renne, mais les doigts les cassent vers le milieu lorsqu'on cherche à les rattraper dans la fourrure. La cassure n'est pas provoquée par le travail de couture, mais par la difficulté à saisir correctement l'aiguille dans une fourrure trop dense".

    "Mais en employant des aiguilles en os de 10,5 cm de long et 5 mm de diamètre, semblables à celles recueillies dans le gisement du Placard (Charente), on supprime cet inconvénient. L'aiguille est suffisamment longue pour traverser la fourrure, assez épaisse pour être manipulée sans trop de précautions et il n'y a que peu de risques qu'elle se casse". Néanmoins, il faut noter que les aiguilles de ce type sont rares dans les gisements paléolithiques.


    Technique de couture.

    Pour la couture, les auteurs ont choisi le point de sujet avant.
    "Afin d'assurer un maximum d'étanchéité, les peaux ont été assemblées par recouvrement des bords, la peau venant un dessous ayant été rasée à l'endroit de la couture".



    "Avec une aiguille en métal, il y a économie de gestes et l'on va d'abord chercher à peser sur le chas le plus possible (d'où l'utilité d'un dé), de manière à faire passer de l'autre côté la plus grande longueur possible de l'aiguille, pour que l'autre main puisse la saisir.
    Mais, tenue par le chas, une aiguille d'os aura tendance à plier et cassera inéluctablement. Il faut, au contraire, la tenir près de la pointe, à 1 ou 2 cm. Dans un premier temps, on perce ainsi les deux peaux puis, par une série de petits gestes des deux mains, poussées et tractions, on fait sortir une longueur suffisante, pratiquement toute l'aiguille, pour permettre une bonne prise des doigts sur la pointe pour la tirer avec le fil, le seul geste ample de ce type de couture".

    Avec cette technique, une aiguille en os de 4 cm de long et 1,7 mm de diamètre a réalisé plus de 200 percements de peaux sèches. "Bien entendu, de grosses aiguilles de « type Placard » n'auraient pas besoin d'être maniées avec autant de précautions".

    Demi-couverture obtenue :




    Résultat / Limites.

    La tente ainsi réalisée semble bien résister aux intempéries (pluie, vent, neige), et la fourrure semble être un excellent isolant thermique.
    Néanmoins, sur le long terme, les principaux agents de dégradation et de destruction ont l'humidité et les insectes qui se sont développés dans les peaux.
     
    Les auteurs notent qu'à partir du même plan au sol, "une tente à poutre faîtière, moins haute que le teepee, ne nécessiterait pour sa construction que deux hauteurs de peaux, ce qui la rendrait plus facilement transportable. Elle parait également mieux adaptée au climat froid, car elle ne présente pas d'ouverture au sommet, ce qui évite la déperdition de chaleur."

    Les peaux de cette expérience étaient des peaux fraiches, et peut-être des peaux tannées et assouplies auraient-elles mieux convenues aux différentes contraintes.

    Le rôle capital d'un feu brulant en permanence dans la tente, ainsi que son impact sur la conservation des peaux, n'a pas été étudié.



    .

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