~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    LES DONNÉES DE L'ETHNOGRAPHIE ET LEURS LIMITES.

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    Danelle
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    Date d'inscription : 22/09/2015

    LES DONNÉES DE L'ETHNOGRAPHIE ET LEURS LIMITES.

    Message par Danelle le Jeu 19 Nov - 22:13

    LES DONNÉES DE L'ETHNOGRAPHIE ET LEURS LIMITES.










    ► Intérêt des comparaisons ethnographiques.





    "On peut penser que le style de vie des cueilleurs-chasseurs s'est maintenu, très peu modifié, chez les hommes modernes, qui ont conservé jusqu'à l'époque sub-actuelle le nomadisme ou même la première étape de sédentarisation comme mode d'existence.
     
    Citons les derniers chasseurs européens, les Lapons, les Tchouktches, Koriaks, Kamtchadales, Gilyaks du Nord-Est asiatique, de Sibérie et de Mongolie, les Inuits et les Aléoutes, les Indiens de la côte nord-ouest de l'Amérique du Nord et les Alakalufs de Patagonie en Amérique du Sud (récemment disparus), qui n'ont pas connu la révolution urbaine. On trouve d'autres exemples aussi importants en Afrique centrale, avec les Pygmées, les Bochimans d'Afrique du Sud, les habitants des îles Andaman dans le golfe du Bengale et les aborigènes australiens.

    Tous ces peuples de chasseurs-cueilleurs, qui ont conservé le mode de vie ancestral presque inchangé jusqu'à nos jours, ont cependant acquis des innovations qui n'existaient pas encore chez les ancêtres préhistoriques", en particulier la domestication des animaux de bât qui a nécessairement un impact important sur la vie de ces nomades.
    (Chaline, 2000).









    ► "Les" territoires ethnographiques.




    → D'un point de vue ethnographique, L. Binford estime qu'il n'existe pas un mais des territoires (Long-term land use pattern : some implications for archeology, 1983) :
     
    le territoire exploité quotidiennement par le groupe "pour son approvisionnement en ressources alimentaires, en matières premières et en combustibles " (Costamagno,  Mobilité, territoire de chasse et ressources animales au Magdalénien final, 2005).
     
    le territoire exploité annuellement au sein duquel vont se dérouler les mouvements du groupe ; les études ethnographiques ont montré que généralement, les groupes de chasseurs-cueilleurs suivent des itinéraires fixes au cours de leurs mouvements saisonnier afin de limiter les risques.
     
    • le territoire maximal correspondant au "territoire connu par le groupe qui renvoie davantage à la notion de territoire social qu'à la seule notion de territoire de subsistance" (ibid.).






    → Ainsi, le concept de territoire peut-être associé à des entités plus ou moins vastes définies par des traits linguistiques, matériels et sociaux.
    Le territoire est alors "l'espace où s'inscrit le cycle spatio-temporel d'un groupe, notamment à travers ses mouvements et l'exploitation des ressources qu'il contient"
    (Demars, 2001).

    Schématiquement, on peut distinguer deux grandes catégories de cycles spatio-temporels :

    le « foraging system » caractérisé par des déplacements fréquents du campement et l'exploitation journalière de ses environs immédiats. Ce système concerne essentiellement les chasseurs-cueilleurs vivant dans les latitudes basses, comme les Pygmées de la forêt équatoriale ou les Boschimans du désert du Kalahari.

    le « logistical system » qui concerne plutôt les sociétés comme les Inuits, vivant dans des latitudes hautes où les saisons sont contrastées. Pendant la mauvaise saison, on observe un habitat permanent qui rassemble la totalité du groupe dans un lieu privilégié, associé à des excursions de plusieurs jours de spécialistes comme des chasseurs. Pendant la belle saison, on assiste à un éclatement du groupe en unités plus petites, composées d'une ou plusieurs familles, avec des campements plus légers, plus dispersés et plus mobiles.




      • Par exemple, Yves Labrèche a étudié les habitations des Inuits au Nunavik dans le Québec arctique (Habitations, camps et territoires des Inuit de la région de Kangiqsujuaq-Salluit, Nunavik, Études/Inuit/Studies, vol. 27, n° 1-2, 2003).
        "La variation dans la taille des communautés et le mode d'établissement peuvent s'expliquer par des différences dans la répartition et la richesse de la faune" : les vestiges matériels de l'activité humaine seront plus nombreux dans les zones de plus grande concentration de gibier marin.
        Au siècle dernier, il existait un "important camp de rassemblement d'hiver où vivait la communauté" ; "le modèle d'autrefois incluait également des incursions saisonnières à l'intérieur des terres, comme en témoigne la présence de sites archéologiques surtout concentrés près des principaux lacs.
        En contrepartie d'un mode de vie arctique très spécialisé, l'organisation territoriale était souple, et la composition des groupes changeait fréquemment, selon les alliances tissées, chacun ayant la possibilité d'adopter un nouveau milieu plus avantageux, notamment en termes d'accès au gibier (Chang 1962). C'est en hiver que les établissements atteignaient leur plus grande densité de population. En été, les Inuit étaient plus mobiles et se dispersaient par petits groupes. Certains quittaient la côte pour l'intérieur des terres en vue d'y chasser le caribou.






    >> On peut supposer que c'est plutôt ce second modèle qu'il faut rapprocher de celui des populations de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur.








    ► BILAN.



    "En l'absence d'indices d'une pratique importante du stockage, les sociétés du Paléolithiques supérieur sont considérées comme des sociétés de chasseurs-cueilleurs nomades exploitant un territoire selon un cycle annuel d'activités.

    Les ethnologues et les géographes nous apprennent cependant que les termes de nomadismes et de sédentarité ne suffisent pas à définir précisément le genre de vie d'une population donnée. Entre une mobilité continuelle et une fixité totale, existent de nombreuses formules intermédiaires, où peuvent varier à la fois la durée de l'occupation d'un site, la composition et la taille du groupe. L'extrême diversité des types de nomadisme tient à de multiples facteurs (organisation socio-économique des populations nomades, périodicité et importance des déplacements, contexte environnemental, pour n''en citer que quelques-uns)" (Olive M., À propos du gisement magdalénien d'Étiolles (Essonne) : réflexion sur la fonction d'un site paléolithique, Bulletin de la Société préhistorique française Année 2004 Volume 101 Numéro 4).



    "Par analogie, le circuit de déplacement des chasseurs paléolithiques est plutôt assimilé à celui des populations arctiques et subarctiques pour des raisons liées à des considérations écologiques (milieu ouvert soumis à de forts contrastes saisonniers) et économiques (subsistance fondée sur la chasse au renne)" (Ibid.).



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