~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    2.2.3. RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LE MODE DE TRANSPORT DES CARCASSES.

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    Danelle
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    2.2.3. RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LE MODE DE TRANSPORT DES CARCASSES.

    Message par Danelle le Jeu 11 Fév - 21:32



    Dernière édition par Danelle le Jeu 18 Fév - 10:22, édité 2 fois
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    Re: 2.2.3. RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LE MODE DE TRANSPORT DES CARCASSES.

    Message par Danelle le Jeu 11 Fév - 21:38

    PRINCIPE.





    Une fois le gibier abattu, les paléolithiques doivent décider :

    soit de transporter le gibier entier vers le site d'habitat,

    → soit de le découper sur place et d'acheminer uniquement des morceaux de carcasse vers le campement,

    → soit de déplacer le campement vers le lieu d'abattage.


    Cette décision concernant la stratégie de transport est un phénomène complexe qu'il ne faut pas limiter aux seuls facteurs nutritionnels : les matières premières utilisables doivent aussi être prises en compte (peau, os, bois, etc...).


    ► De nombreux facteurs interviennent dans la stratégie de transport mise en place :


    → la taille de l'animal en premier lieu (les animaux de petite taille peuvent facilement être transportés entiers : une antilope saïga, de moins de 40 kg, peut aisément être portée par deux hommes) ;

    → le nombre d'animaux abattus ;

    → le nombre de porteurs présents ;

    → la distance entre le site d'abattage et le camp ;

    → le moment de la journée.




    ► En fonction de la stratégie choisie par le groupe, on parle de :

    déplacements logistiques (un individu ou un petit groupe se déplace dans un but précis puis revient au camp résidentiel) ;

    déplacements résidentiels (le groupe entier se déplace d'un camp à un autre).




    ► Quels sont les indices permettant de se faire une idée de la stratégie choisie ?

    Les archéologues examinent les ossements retrouvés, en essayant d'estimer si certaines parties des carcasses sont manquantes (les parties qui auraient été abandonnées sur le site d'abattage).





    ► Limites d'interprétation.

    Toutefois, cette analyse est à nuancer, certaines parties du squelette se conservant beaucoup moins bien, et étant de ce fait sous-représentées : ainsi,  la rareté des côtes et des vertèbres, qui sont des os spongieux moins denses que d'autres parties du squelette, est certainement plus liée à un problème de conservation différentielle des ossements plutôt qu'à une intervention humaine.

    D'une manière générale, les os longs des membres sont les éléments squelettiques les mieux conservés.

    .


    Dernière édition par Danelle le Mer 17 Fév - 21:25, édité 2 fois
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    Re: 2.2.3. RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LE MODE DE TRANSPORT DES CARCASSES.

    Message par Danelle le Sam 13 Fév - 8:21

    EXEMPLE DE L'ABRI SOUS-ROCHE MAGDALÉNIEN DU MOULIN-NEUF (GIRONDE).



    D'après COSTAMAGNO (S.) : Stratégie d'approvisionnement et traitement des carcasses au Magdalénien : l'exemple du Moulin-Neuf, Gironde.

    In Paléo, 2000, n°12.



    Le site du Moulin-Neuf (situé sur la commune de Saint Quentin de Baron, en Gironde) comprend plusieurs gisements contigus au pied d'une falaise de calcaire, mais seule la faune de l'habitat principal magdalénien est étudiée ici.





    S.
    Costamagno rappelle que pour certains os, "en raison d'un problème de conservation différentielle des ossements, il est difficile de savoir si la sous-représentation [par exemple] des vertèbres est due à un transport sélectif de certaines parties squelettiques par les hommes" vers le site d'habitat.





    Concernant le Cheval et l'Antilope saïga :

    ►  S. Costamagno constate la même représentation globale des éléments squelettiques.
    "Les os longs des membres supérieurs (humérus, radius, fémur et tibia) sont les éléments squelettiques les plus abondants. Chez le Cheval, l'humérus et le fémur sont les seuls os longs portant une quantité non négligeable de viande. Le transport du radius mais surtout du tibia pourrait indiquer une recherche systématique de moelle.
    → Contrairement à l'Antilope saïga, les métapodes de Cheval sont rares, en particulier les métacarpes. L'abandon des extrémités distales des pattes sur les sites d'abattage semble donc relativement fréquent, leur faible apport calorique pourrait expliquer ce choix."
      
    ► "En considérant que la conservation différentielle a agi de façon similaire sur les dents d'Antilope saïga et de Cheval, on peut en déduire que les crânes de chevaux ont été moins souvent rapportés que ceux d'antilopes saïga. [...] Les hommes ont pu très bien traiter une partie des crânes directement sur les sites d'abattage dans le but d'en extraire les nutriments pour les consommer sur place ou les transporter au camp en diminuant le coût du transport."



    Deux points sont à signaler :

    1. L'Antilope saïga est un animal de petite taille (moins de 40 kg). Deux hommes peuvent facilement transporter une carcasse entière. A moins d'un abattage en masse d'individus, est-il réellement rentable de perdre du temps à traiter la carcasse sur le site d'abattage, alors que le retour au camp immédiat peut permettre aux chasseurs de repartir à la quête de nouvelles proies ?

    2. Le Cheval est un animal de grande taille. Son transport nécessite forcément un traitement sur le site d'abattage.




    En résumé :

    → les antilopes saïga semblent avoir été transportées entières au camps ;

    → pour les chevaux, les extrémités distales des membres et les crânes semblent avoir été parfois laissés sur le site d'abattage.



    .
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    Re: 2.2.3. RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LE MODE DE TRANSPORT DES CARCASSES.

    Message par Danelle le Sam 13 Fév - 21:35

    EXEMPLE DU MAGDALÉNIEN DE LA GROTTE-ABRI DU MOULIN (HAUTES-PYRÉNÉES).





    D'après COSTAMAGNO (S.), 2001 : Mobilité, territoires de chasse et ressources animales au magdalénien final en contexte pyrénéen : le niveau 7A de la grotte-abri du Moulin, Troubat, Hautes-Pyrénées.

    in : JAUBERT (J.), BARBAZA (M.), Territoires, déplacements, mobilité, échanges durant la Préhistoire. Terres et hommes du Sud, Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, 126è, Toulouse, 2001.




    La grotte-abri du Moulin se situe dans un massif calcaire de la bordure septentrionale des massifs nord-pyrénéens, à 541 m d'altitude. Fouillée depuis 1986 par M. Barbaza, la grotte comporte entre-autre un niveau daté du Magdalénien final dont le matériel osseux est relativement riche.




    ► Renseignements fournis sur le biotope du site.


    Dans le niveau magdalénien, 11 taxons ont été identifiés.



    Fréquence relative des groupes écologiques de grands mammifères, abri du Moulin, Hautes-Pyrénées.


    Le Bouquetin et le Chamois représentent environ 44% du gibier chassé. Cette abondance de faune montagnarde n'est pas étonnante étant donné l'emplacement du site.

    Les herbivores de milieu boisé correspondent à plus de la moitié des animaux abattus. La présence du Chevreuil et du Sanglier, en quantité non négligeable, indique la mise en place, dès cette période, de conditions climatiques tempérées.

    ► Transport des carcasses.




    L'étude des ossements de Cerfs, de Bouquetins, de Chamois et de Chevreuils (les quatre espèces les plus représentées sur le site) montre que les seules portions squelettiques absentes du site concernent le squelette axial post-crânial, c'est à dire les vertèbres et les côtes, dont la disparition est probablement liée à un problème de conservation différentielle, plutôt qu'à un abandon sur le site d'abattage.
    En effet, le squelette axial contient une grande quantité de viande : "le décharnement de la colonne vertébrale, en raison de son fort investissement en temps, ayant peu de chance de se dérouler directement sur le site d'abattage, l'abandon systématique du squelette axial est donc peu probable".
        
    Aussi peut-on conclure que "les carcasses étaient majoritairement introduites entières sur le site, même si, au préalable, elles pouvaient être découpées sur le site d'abattage".




    ► Bilan.



    → On note d'autre part que toute une gamme d'activités semblent s'être déroulée sur le site : tannage des peaux, confection d'outillage osseux, boucherie et consommation des carcasses, ce qui montre que le site devait être occupé durant des périodes relativement longues.




    → Le fait que les carcasses des quatre principaux ongulés aient été introduites entières indiquent que les territoires de chasse étaient relativement proches du camp résidentiel, ce qui permet à S. Costamagno de formuler deux hypothèses quant aux territoires de chasses exploités :
    • le groupe a exploité un seul territoire de chasse dans lequel auraient coexisté espèces montagnardes et espèces de milieu boisé, le site étant alors situé dans un environnement mixte ;
    • le groupe a exploité deux territoires de chasse, l'un en amont (chasse aux bouquetins et aux chamois), l'autre en aval (chasse aux cerfs et aux chevreuils), le site étant dans ce cas situé à l'interface de deux milieux, l'un forestier et l'autre montagnard.

    Cependant, l'étude des ossements ayant montré que les carcasses étaient transportées entières, la première hypothèse semble être la plus probable.

    S. Costamagno estime que la surface du territoire parcouru quotidiennement dans le but d'acquérir des ressources est probablement supérieure à 13 km² (si l'on admet comme valeur minimale parcourue par jour une distance de 2 km).
    .
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    Message par Danelle le Lun 11 Avr - 22:35


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