~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    2.1.1. LES ESPÈCES CHASSÉES AU SOLUTRÉEN EN CHARENTE.

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    Danelle
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    2.1.1. LES ESPÈCES CHASSÉES AU SOLUTRÉEN EN CHARENTE.

    Message par Danelle le Ven 25 Sep - 8:14




    " L'exploitation judicieuse du milieu naturel dans les domaines de la flore et de la faune a certainement été une des préoccupations majeures des groupes paléolithiques. [...]

    La flore peut fournir un apport alimentaire varié et une matière première facile à utiliser comme le bois, l'écorce, les résines ou même le feuillage pour isoler le sol. [...] Il semble naturel de cueillir des baies, des fruits, de ramasser des graines ou des tubercules, de collecter des légumineuses sauvages... Mais quels témoignages pouvons-nous espérer ? [...]

    Heureusement, la faune a laissé de larges témoignages de son exploitation par l'homme."

    (Mohen, Taborin, 1998).



    .


    Dernière édition par Danelle le Dim 22 Nov - 7:30, édité 3 fois
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    Re: 2.1.1. LES ESPÈCES CHASSÉES AU SOLUTRÉEN EN CHARENTE.

    Message par Danelle le Ven 25 Sep - 10:43

    GÉNÉRALITÉS : LE RÉGIME ALIMENTAIRE DE L'HOMME PALÉOLITHIQUE.





    Le régime alimentaire de l'homme moderne (Homo sapiens sapiens) est de type omnivore. C'était déjà le cas au Paléolithique supérieur.
    C'est ce que montre bien l'aspect de la dentition : des incisives et des canines pour couper et dilacérer la viande ; des molaires pour broyer les végétaux.


    Mais l'analyse des dents des hommes fossiles et les données chimiques (rapport strontium sur calcium par exemple) montrent que la part des produits d'origine animale dans l'alimentation des hommes au Paléolithique était plus importante qu'elle ne l'est actuellement (Delluc et Roques, 1995).
      
      
      
      



    S.B. Eaton (Eaton, Konner, "Paléolithic nutrition. A consideration of its nature et current implications", in The New England Journal of Medecine, 1985) a estimé les besoins quotidiens des hommes paléolithiques à 3000 kcal.
    Il a déterminé qu'un gramme de gibier fournit 1,41 kcal et un gramme de plantes sauvages 1,29 kcal :
     

      1,41 pA + 1,29 pV = 3 000 kcal


    où :
    pA = poids de nourriture animale
    pV  poids de nourriture végétale.
     







    Les sources alimentaires varient selon les milieux et les climats.
    Au Solutréen, le climat est très froid ; la part de la nourriture animale s'accroît, alors que la consommation des végétaux diminue.
    Ceci a pour conséquence une diminution dans la ration de la part des glucides (pouvant baisser selon Eaton jusqu'à 15% seulement de la ration), et ainsi, une augmentation de la néoglucogénèse (c'est à dire la synthèse de glucides à partir des lipides et des protéines).
     




    Quelles étaient les espèces chassées par les hommes au Solutréen ?


    Dernière édition par Danelle le Jeu 28 Juil - 19:49, édité 4 fois
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    Re: 2.1.1. LES ESPÈCES CHASSÉES AU SOLUTRÉEN EN CHARENTE.

    Message par Danelle le Ven 25 Sep - 13:20

    LES SOURCES D'INFORMATION ET LEURS LIMITES.



    Le corpus des espèces animales consommées par les hommes du Paléolithique s'appuie sur la détermination des ossements et des dents découverts lors des fouilles des sites archéologiques.


    L'ARCHEOZOOLOGIE étudie les vestiges animaux associés aux établissements des groupes humains anciens et contribue ainsi à la connaissance de ces groupes.
    La fiabilité des conclusions tirées de l'archéozoologie dépend de la représentativité de l'échantillon étudié. Or, cette représentativité dépend d'un grand nombre de facteurs.




    La TAPHONOMIE a été définie pour la première fois en 1940, par Ivan Antonovich Efremov comme l' « étude détaillée de l'évolution des restes osseux, lors de leur passage de la biosphère à la lithosphère ».
    Étymologiquement, ce terme vient des mots grecs anciens  τάφος, taphos, « tombeau », et νόμος, nomos, « loi ».

    Actuellement, la taphonomie est définie comme une « branche de la paléontologie qui étudie le processus de fossilisation en tant que tel, depuis l'enfouissement sous toutes ses formes jusqu'à la formation des gisements fossilifères » .



    ► Nature et structure du tissu osseux.

    L'os se compose de différents tissus. "Chacun d'entre eux possède des caractéristiques physico-chimiques propres, dépendantes de l'âge et de l'espèce" (Paletta, 2005).

    → Le plus important est le tissu osseux, qui s'organise à parti d'éléments organiques et minéraux étroitement liés et interactifs.
    → Le périoste est une membrane fibreuse qui recouvre l'os, à l'exception des zones d'insertions musculaires ou tendineuses, ou des cartilages articulaires.
    → Le tissu cartilagineux.
    → La moelle osseuse, tissu fragile, riche en vaisseaux et en protéines.


    ► Les principes de la fossilisation.

    → La dégénérescence de la matière organique sous l'action des micro-organismes occasionne, dans un premier temps, une déminéralisation partielle de l'os.
    → Puis, différents processus chimiques conduisent à la modification de certains minéraux et à la destruction du collagène présent à la surface des os.
    → Enfin, des minéraux de recristallisation remplissent les vides laissés par la disparition de la matière organique tout en suivant la trame originelle de l'os.


    ► Facteurs intervenant dans la conservation des ossements :


    •  LES FACTEURS INTRINSÈQUES.

      La conservation des ossements et des parties qui les composent diffèrent en fonction de nombreux critères morphologiques et biologiques :

      •  la composition minérale et la densité du tissu osseux (l'émail et la dentine se conservent différemment du tissu osseux) ;
      •  l'épaisseur de la paroi diaphysaire (variable en fonction de l'espèce, de l'âge, du type d'os) ;
      •  la forme de l'os (un os long et court risque plus de se briser) ;
      •  la masse musculaire autours de l'os, qui expose l'os à un processus de décomposition plus ou moins important (par exemple, l'humérus supporte beaucoup de muscle, il est donc plus exposé aux agent de la putréfaction, et est donc plus rarement retrouvé) ;
      •  l'âge des animaux à leur mort (les os des animaux jeunes, riches en moelle osseuse et en tissu spongieux, sont moins bien conservés).




    •  LES FACTEURS EXTRINSÈQUES.


      •  Facteurs géologiques : les effets peuvent être d'ordre physique ou chimique.

        •  Le sol : le sol est un milieu en perpétuelle évolution, en fonction de la végétation, du climat, des micro-organismes. Palleta (2005) estime que trois facteurs principaux interviennent dans la préservation des restes : un enfouissement rapide, le type de sédiment (les sédiments grossiers tels que le sable ou les graviers peuvent endommager les ossements), et la nature des sédiments (en particulier leur composition minérale).
        •  Le poids des sédiments : quand les couches de sédiments atteignent plusieurs mètres, le poids peut endommager les ossements.
        •  Le piétinement : lié au passage fréquent d'hommes ou d'animaux, il peut provoquer des déplacements ou des cassures des ossements.
        •  Les glissements de terrain (solifuxion).


           
      •  Facteurs climatiques : tout au long du phénomène de fossilisation, ces facteurs peuvent intervenir sur la conservation des ossement.

        •  Le gel/dégel.
        •  L'humidité/sécheresse.
        •  Le vent.
        •  Le ruissellement.


           
      •  Facteurs biologiques : les ossements sont en effet soumis, après leur abandon par l'homme, à différentes attaques d'origine animales (mollusques, carnivores, hyènes...), végétales (action de certaines racines), bactériennes ou fongiques.
        En particulier, "l'action des carnivores dans la formation de séries archéologiques" (Castel, 1999) constitue un facteur important. En effet, toute accumulation d'os n'est pas le fait de l'homme. Un certain nombre de carnivores (tels que les ursidés, les canidés, les hyénidés par exemple) "ont un comportement 'troglophile', ils ont pu occuper les mêmes cavités que l'homme et apporter un grand nombre de modifications dans la nature des assemblages archéologiques. Creusements et déplacements, apport de proies ou de charognes, consommation des déchets abandonnés par l'homme, telles sont les modifications qui peuvent être occasionnées et qu'il convient de ne pas sous-estimer" (Castel, 1999). L'analyse minutieuse des ossements permet de distinguer d'une part les os portant des traces dues à l'activité humaine, d'autre part ceux ne portant que des morsures imputables à ces carnivores.














    Ainsi n'existe-t-il pas de "conservation-type pouvant proposer une échelle applicable à tous les gisements [...] ; [la conservation des ossements est] propre à un niveau donné, pour un site donné" (Gardeisen, 1996).










    ► La faune de la dernière glaciation en Europe.

    "Au cours de la dernière glaciation, la faune de carnivores comportait le loup, le renard, l'ours brun, l'ours des cavernes, le lion des cavernes, l'hyène des cavernes, le blaireau, l'hermine, la belette, la loutre, le putois, la martre, la fouine, le lynx et le chat sauvage. [...]
    Les rennes, les chevaux de Przewalski, les mammouths, les rhinocéros laineux, les bœufs musqués et de nombreux rongeurs arctiques (lemmings) et steppiques (spermophiles, hamsters) ont migré en Europe occidentale pendant les phases de glaciation à cause de l'extension de la couverture steppique.
    Les cerfs, chevreuils, daims et sangliers ont caractérisé les phases plus tempérées" (Chaline, 2000).
           
    .


    Dernière édition par Danelle le Sam 21 Nov - 21:02, édité 5 fois
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    Re: 2.1.1. LES ESPÈCES CHASSÉES AU SOLUTRÉEN EN CHARENTE.

    Message par Danelle le Ven 25 Sep - 21:44

    LES OSSEMENTS RETROUVÉS SUR LES SITES SOLUTRÉENS CHARENTAIS.





    Le tableau suivant présente un bilan des différentes espèces animales présentes sur les sites solutréens charentais.






    Sur l'ensemble des sites, on note la présence systématique et le plus souvent dominante du renne et du cheval. Ces deux espèces devaient représenter l'une des sources essentielles de l'alimentation des solutréens charentais.
      
       
    ► Au Paléolithique supérieur, la présence des chevaux (Equus caballus gallicus) est liée au "développement des espaces découverts généralement occupés par des prairies à graminées" (Renault-Miskovsky, 1991).
          



    ► Le renne (Rangifer tarandus) est adapté à la vie dans un environnement de toundra et de taïga (on le retrouve aujourd'hui en milieu arctique). La fréquence de cette espèce dans les différents gisements du Paléolithique supérieur français explique de cette période a été appelée "l'Âge du renne" par de nombreux archéologues (Lartet, ...).
          
    (rennes sur la toundra près de Ny-Ålesund, Norvège)





    ► L'antilope saïga (Saiga tatarica), qui vit actuellement dans les steppes arides de l'Asie centrale, est présente sur plusieurs gisements. Durant le Paléolithique supérieur, elle s'installe, lors des périodes extrêmement froides comme se fut le cas du Solutréen, dans les régions très découvertes.
         






    ► On note aussi la présence de l'auroch (Bos primigenius) et du bison (Bison priscus) dans la faune solutréenne charentaise consommée.
          



    Ces cinq espèces (cheval, renne, saïga, auroch et bison) sont classées par Bordes parmi la "faune froide du Würm III" (1992).












    ► Les ossements des gisements de la Chaire-à-Calvin et de la Chaise de Vouthon permettent de soulever le problème de la chasse au rhinocéros au Paléolithique. Pour Guérin et Faure (1983), l'analyse des armes alors disponibles montre qu'"aucune ne possédait le pouvoir vulnérant suffisant pour abattre un représentant adulte et en bonne santé", ces animaux étant trop puissants.

    Aussi, est-il très vraisemblable que les ossements retrouvés provenaient soit du piégeage, soit de charognage, soit de l'abattage occasionnel d'individus sans défense comme des juvéniles ou des adultes malades ou blessés.
      
     






    ► Le cas particulier des petits vertébrés.


    Les ossements des animaux de plus petite taille, tels les léporidés, les petits carnivores ou les oiseaux, ou encore les poissons, ne laissent pas systématiquement d'indices : leurs ossements se conservent très difficilement dans les gisements préhistoriques. Ainsi, ces petits animaux sont systématiquement sous-évalués dans les échantillons dont disposent les archéozoologues.


     
           




    Fontana (2004) s'est penché sur le cas du Lièvre variable (Lepus timidus), qui reste peu représenté, et semble avoir été peu exploité.
    Pour Fontana, sa capture restait plutôt opportuniste, bien que le lièvre variable pouvait être exploité pour différents produits (viande, graisse, fourrure, os). Il estime que son statut dans l'économie variait selon les saisons, en raison d'une variation des produits obtenus au cours de l'année : en effet, on note chez le lièvre variable d'importantes variations annuelles du poids de la viande, du taux de matières grasses, de l'épaisseur et de la couleur de la fourrure. Néanmoins, l'étude cémento-chronologique ne permet pas, comme c'est le cas pour d'autres espèces, de dater la saison de l'abattage.


    D'après les fouilles archéologiques, la part des lagomorphes dans le régime alimentaire des groupes humains commence à augmenter à partir du Gravettien et du Solutréen, mais ne prendra une importance réelle qu'au cours du Magdalénien (Brugal, 2000). Il ne s'agirait donc pas d'un apport complémentaire, mais plutôt d'un apport marginal : "c'est à ce titre qu'on peut penser que la viande et la graisse du lièvre variable n'ont probablement pas constitué la motivation première à cette acquisition" (Fontana, 2004).



    Des ossements de Renards sont régulièrement découverts, ainsi que des canines perforées utilisées comme éléments de parure.



    La place des oiseaux dans les ensembles archéologiques est très variable selon l'époque et la région.
    Il faut noter la probable utilisation des matières premières aviaires à des fins non-alimentaires :
    → les ossements, utilisés comme flûtes, perles, tubes ou épingles ;
    → les plumes vraisemblablement utilisées en parure (il existe d’innombrables exemples ethnologiques, mais aucune preuve archéologique : la plume est un phanère putrescible dont le prélèvement ne laisse aucune traces sur les os...).  

     

    Ainsi, bien que les petits vertébrés aient été chassés, leur exploitation alimentaire semble avoir été accessoire. Leur utilisation aurait concerné en priorité :
    → les supports d'outils ou d'art mobilier ;
    → les parures (surtout les renards) ;
    → l'exploitation des peaux et des fourrures, des plumes (ce qui est particulièrement difficile à mettre en évidence archéologiquement, du fait de la non-conservation de ces matières).








    Tableau de chasse paléolithique :


    Exposition Namur, juin 2007.


    Dernière édition par Danelle le Mer 25 Mai - 22:10, édité 1 fois
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    Re: 2.1.1. LES ESPÈCES CHASSÉES AU SOLUTRÉEN EN CHARENTE.

    Message par Danelle le Mar 5 Avr - 12:24


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