~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    3.1.1. LE TRAVAIL DES BOIS DE RENNE ET DE L'OS.

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    Danelle
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    3.1.1. LE TRAVAIL DES BOIS DE RENNE ET DE L'OS.

    Message par Danelle le Mer 30 Sep - 19:57

    LE TRAVAIL DES BOIS DE RENNE ET DE L'OS.





    Vivant en contact permanent avec les animaux, l'homme a très tôt utilisé leurs ossements. Pour A. Leroi-Gourhan, l'industrie osseuse est probablement la première industrie humaine. Ainsi, le site de Melka Kontoué (Ethiopie) a livré, dans une couche datée de -1 700 000 ans, les premiers outils en os portant les traces d'une utilisation humaine.
    Toutefois, les os ou les bois de renne "ne sont pas seulement un matériau comme le bois ou la pierre, mais aussi des formes diverses, complexes" (Stordeur, 1978).







    ► Techniques de travail :

    → travail de l'os ;

    → travail des bois de cervidés.

    Archéologie expérimentale : exemple de la fabrication d'une aiguille à chas.


    Les "Bâtons Percés" : utilisation du feu ?





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    Re: 3.1.1. LE TRAVAIL DES BOIS DE RENNE ET DE L'OS.

    Message par Danelle le Mer 30 Sep - 19:58

    TECHNIQUES DE TRAVAIL.




    A partir de l'Acheuléen, à côté des os ramassés et utilisés (qui resteront d'ailleurs présents durant toute la Préhistoire), apparaissent les outils en os, volontairement taillés.

    Jusqu'à la fin du Paléolithique moyen, la forme de l'outil en os est restée fortuite ; seule la partie active est, parfois, aménagée par percussion. C'est au Paléolithique supérieur que l'artisanat de l'os se développe réellement : des techniques spécifiques ont abouti à une très grande variété d'armes et d'outils, d'objets de parure et d'art.





    ► Travail de l'os.


    La fabrication d'outils en os requiert des techniques variées et l'existence préalable d'outils en pierre.



    Les outils en matière dure animale ont des formes très diverses selon leur fonction.



    → Dans cette partie seront détaillées les techniques utilisables pour obtenir des outils allongés.


    Dans ce cas, le travail de l'os se décompose en deux phases : "l'obtention d'une baguette ou d'une esquille dont la forme est proche de la forme finale, puis le façonnement de ce fragment" (Leroi-Gourhan, 1988).
    • La technique la plus utilisée au Solutréen pour réaliser la première étape consistait à "tracer deux rainures parallèles et les inciser jusqu'à la partie spongieuse de l'os" ; deux incisions étaient alors pratiquées aux extrémités, et il suffisait alors de "forcer un peu en faisant levier pour que la baguette d'os se détache" (Ibid.).


    • Diverses méthodes permettaient d'aboutir à la mise en forme de la baguette osseuse ainsi obtenue : "abrasion par raclage ou polissage, [...] sciage, [...] modelage par incision plus ou moins profonde, [...] forage" (Ibid.).







    ► Travail du bois de renne.



    Ici, la matière première n'est pas nécessairement le produit de la chasse. En effet, les rennes perdent leur ramure tous les ans, en début d'hiver chez les mâles, et en fin d'hiver pour les femelles :
    → Si les bois sont le produit de la chasse, on parle de bois de massacre auxquels un fragment de l'os frontal reste fixé.
    → Si les bois ont été ramassés, il s'agit de bois de mue.




    Ainsi, dans l'abri Pagnon de Montgaudier, des bois de rennes provenant d'animaux d'âges divers ont été découverts, "leurs bases indiquent des bois de chute et des bois de massacre" (Bouvier et al., 1987).

    Il existe différentes techniques possibles pour le débitage du bois de renne.

    Le débitage par double rainurage est l'une de ces techniques : "le principe est de faire deux rainures pour détacher une baguette de corticale. C'est la face interne de la perche, dépourvue d'andouillet et dont la corticale est épaisse et compacte qui est le lieu privilégié pour l'extraction" (Piel-Desruisseaux, 1986).
    Les baguettes obtenues peuvent mesurer jusqu'à 50 cm de long et 2 cm de large.




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    Re: 3.1.1. LE TRAVAIL DES BOIS DE RENNE ET DE L'OS.

    Message par Danelle le Mer 30 Sep - 20:14

    ARCHÉOLOGIE EXPÉRIMENTALE : Fabrication d'une aiguille à chas en bois de renne.



    Remarque préalable :

    Les aiguilles à chas paléolithiques sont en os, en bois de cervidés, ou en ivoire.
    Mais l'identification de la matière utilisée, en particulier, la distinction entre os et bois, est délicate, et ne serait possible que par prélèvement d'une partie de l'aiguille.
    "Or l'amputation, même très limitée, de la totalité des objets à étudier est inconciliable avec la conception muséographique traditionnelle. Nous sommes donc dans l'impasse en ce qui concerne l'identification du matériau" (Stordeur-Yedid, 1979)

    "L'utilisation des diaphyses d'os longs et des bois de renne pour la fabrication des aiguilles est confirmée, indirectement, par l'existence de « nucleus osseux » ou « matrices d'extraction »" (Stordeur-Yedid, 1979).







    Réalisation : Bernard Ginelli (La Caverne Du Tailleur De Silex)


    Débitage de la baguette :

    Cette opération consiste en l'extraction d'une languette à partir d'une matrice à l'aide d'instruments en silex.

    • Dans un premier temps, une ébauche est réalisée avec une lame de silex :  le sillon délimite les contours de la forme à détacher.



    • Il faut ensuite procéder à l'approfondissement de la gravure du contours : "à mesure que la rainure [s'approfondit], l'opération se [fait] plus facile" (Stordeur-Yedid, 1979).

    Burin utilisé :





    Une fois la corticale du bois de renne ou le canal médullaire de l'os atteint, on peut réaliser le détachement de la baguette par des mouvements de levier.




    Affinage de la baguette :

    La baguette ainsi détachée doit être façonnée.



    • On peut réaliser le polissage en faisant pivoter la pièce contre un morceau de grès.



    • L'une des pointes est écourtée pour donner la forme générale de l'aiguille. L'autre pointe est taillée par raclage, tout autours de l'objet, par un nombre variable de facettes convergentes.





    • Puis l'aiguille est à nouveau polie sur une meule en grès humidifiée.




    ► Forage du chas :


    Dans un premier temps, la surface doit être préparée par raclage, puis une rainure préalable au percement du chas permet de localiser le lieu du percement avec précision sur les deux faces.
     

    Le chas est ensuite percé ; plusieurs techniques, isolées ou combinées, ont pu pu être utilisées.
     
    Perforation par enlèvements concentriques : perforation par pression.
    La dépression créée par la rainure préalable permet l'enlèvement de particules avec la pointe d'un perçoir ou l'angle d'un burin très aigu : en appuyant légèrement, on détache des éclats en forme de lunule.
     
    Perforation par rotation circulaire.
    Le chas est percé par forage en faisant pivoter une pointe sur l'une et l'autre face. Les deux trous, coniques, finissent par se rejoindre pour former le chas.
    Cependant, si cette technique est aisément réalisable sur le bois de renne, ce n'est pas le cas avec l'os (le perçoir se casse).

    Approfondissement de la rainure d'attaque. La rainure préalable est approfondie par sciage longitudinal, puis le forage par rotation prend le relais.







    Affinage de l'aiguille :

    Pour finir, il suffit de façonner la tête et de réaliser le façonnage final de l'aiguille. Ceci peut-être fait par raclage ou par polissage.


    (in Stordeur-Yedid, 1979)







    BILAN : Bois de renne initial et aiguille terminée (noter la perte de matière) :



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    Re: 3.1.1. LE TRAVAIL DES BOIS DE RENNE ET DE L'OS.

    Message par Danelle le Mer 30 Sep - 20:42

    Les "Bâtons Percés" : utilisation du feu ?





    Les baguettes de bois de renne de plus grande taille ainsi débitées sont susceptibles de devenir des sagaies, des spatules, ou tout autre élément de l'industrie osseuse du Solutréen. Mais ces baguettes sont de forme courbe lorsqu'on les extrait, "il a donc été nécessaire de les redresser [...], puisque c'est ainsi qu'on les découvre souvent lors de la fouille" (Perlès, 1977).

    Les baguettes sont redressées à l'aide des bâtons percés.


    Un bâton percé "est une pièce de bois de renne, taillée dans une enfourchure, percée d'un trou rond dans la partie la plus résistante" (Leroi-Gourhan, 1965).
     

    • Appelé, lors des premières découvertes, et ce jusqu'en 1945, bâton de commandement, les préhistoriens ne lui voyaient alors aucune fonction utilitaire, et en faisaient un attribut des chefs de groupe.
     
     
     



    • Depuis, de très nombreuses hypothèses sur son utilisation ont été avancées : symbole de fertilité, propulseur de sagaies, manche à fronde, bloqueur de câble...


    André RIGAUD, Usures expérimentales sur quatre bâtons percés utilisés comme bloqueurs de câble,
    Gallia Préhistoire, n°46, 2004.



    • Une autre théorie possible quant à l'utilisation des bâtons percés est celle du manche à fronde, théorie étudiée et vérifiée par l'abbé Glory qui a remarqué la convergence de forme avec les manches à frondes utilisés en Haute-Djézireh (Syrie). Cette théorie s'appuie sur l'expérimentation et les traces d'usure. Ces frondes auraient été utilisées pour la chasse aux oiseaux.
     

    • En 1965, A. Leroi-Gourhan signale la similitude entre les bâtons percés et des outils utilisés par les Esquimaux et les Indiens pour "rétablir à chaud, par flexion, la rectitude les sagaies et des harpons en bois de renne et d'os" (Leroi-Gourhan, 1965).

    Dans l'hypothèse d'une utilisation pour redresser des baguettes courbes de bois de renne, le bâton percé "permet d'exercer une pression précise, très forte et prolongée, sans s'exposer directement à la chaleur des braises" (Leroi-Gourhan, in Piel-Desruisseaux, 1986).
    Cet auteur ayant vérifié expérimentalement son hypothèse (Leroi-Gourhan, 1965), les archéologues s'accordent aujourd'hui pour reconnaître cette utilisation des bâtons percés, même si "certains indices conduisent à penser que tous les bâtons percés n'ont pas cette fonction, du moins cette seule fonction" (Perlès, 1977).

    Peltier (1992) souligne que "ces hypothèses ne s'excluent pas obligatoirement : étant donné la diversité des objets dénommés bâtons percés, il est possible d'envisager plusieurs réponses à la question de leur utilisation".
     
    Autres hypothèses d'utilisation des Bâtons Percés.

     
    Bâtons percés de la grotte du Placard, Bulletin de la Société préhistorique française, 1906, Mortillet.


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    Re: 3.1.1. LE TRAVAIL DES BOIS DE RENNE ET DE L'OS.

    Message par Danelle le Mar 5 Avr - 13:31


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