~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    3.2.2. LA FABRICATION DES VÊTEMENTS.

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    Danelle
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    3.2.2. LA FABRICATION DES VÊTEMENTS.

    Message par Danelle le Lun 5 Oct - 22:11

    LA FABRICATION DES VÊTEMENTS.






    Un vêtement est tout ce qui couvre "une partie appréciable du corps dans un but normal de protection" (Leroi-Gourhan, 1945).




    Le vêtement peut avoir plusieurs fonctions :

    ► la protection contre les intempéries (pour compenser la perte du pelage) ou d'éventuelles agressions extérieures (écorchures, morsures d'animaux, piqûres d'insectes...) ;

    ► la dissimulation du corps (en particulier pour dissimuler les signaux sexuels) (Duhard, 1995) ;

    ► la forme et la couleur des vêtements peuvent être une parure porteuse de signaux (appartenance au groupe, séduction, statut social...).





    Les preuves de l'existence des vêtements au Solutréen :

    → le climat,

    → l'industrie lithique et osseuse,

    → l'art paléolithique,

    → autres indices
    .

    La confection des vêtements : les outils :

    → les poinçons ou alênes,

    → les perçoirs,

    → les aiguilles à chas,

    → les fils.


    Dernière édition par Danelle le Mar 6 Oct - 7:55, édité 3 fois
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    Danelle
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    Re: 3.2.2. LA FABRICATION DES VÊTEMENTS.

    Message par Danelle le Lun 5 Oct - 22:34

    LES PREUVES DE L'EXISTENCE DES VÊTEMENTS AU SOLUTRÉEN.





    ► Le climat.


    Un certain nombre d'indices convergents permettent d'affirmer que les hommes du Solutréen portaient des vêtements, d'autant que les conditions climatiques rigoureuses impliquent qu'il leur était sans doute vital de se protéger du froid. L'étude des habitudes de vie des paléolithiques montre qu'ils ont cherché à se protéger du froid par différents moyens, comme le feu, la recherche d'abris naturels ou la confection d'abris artificiels ; le vêtement s'inscrit dans cette logique.
       


    Toutefois, cette seule explication ne suffit pas : ainsi, "durant les rudes hivers de Patagonie, les Yaghans dorment et vivent à peu près nus sous des températures inférieures à 0°C" (Jude, 1965, in Duhard, Réalisme de l'image masculine paléolithique, 1995). Ils portaient une simple sorte de cape en peau, attachée autours du cou, et qu'ils faisaient glisser sur leur corps selon la direction du vent pour s'en protéger.
    De la même façon, Chaline (2000) rapporte que les Alakalufs, un autre groupe indigène de Patagonie, vivaient presque nus. "Pour lutter contre les conditions climatiques rigoureuses de cette région d'Amérique du Sud balayée par les tempêtes, ils portaient une courte cape en peau de phoque".
    Ainsi, en dépit des conditions climatiques, "il existe donc des exceptions à cette règle de l'habillement, et il a pu en être de même aux temps paléolithiques" (Duhard, 1995).






    Néanmoins, bien que les preuves directes de l'existence de vêtements et de chaussures au Paléolithique supérieur manquent totalement, leur existence est probable ; il existe de nombreuses preuves indirectes de leur existence.
     
       
       
     
     
    ► Industrie lithique et osseuse.



    Un des premiers indices est constitué par l'industrie lithique et osseuse solutréenne :


    • Tout au long du Paléolithique, on observe "une augmentation manifeste de la quantité d'esquilles d'os affûtés, vraisemblablement des alênes, et des perçoirs en pierre" (Echegaray et Freeman, Le paléolithique inférieur et moyen en Espagne, 1998).
     
     
    • Dans la plupart des sites solutréens, on retrouve des poinçons, ainsi qu'un "matériel [lithique] très complexe utilisé pour la préparation des peaux" (Breuil et Lantier, 1959).
     

    • Enfin, c'est au cours du Solutréen qu'apparait l'aiguille à chas, "un des rares outils du Paléolithique supérieur dont on soit certain de la fonction précise tant elle est semblable à celles que nous utilisons actuellement" (Stordeur-Yedid, 1979).
    On s'accorde en général pour penser que l'apparition des aiguilles à chas "constitue la première preuve de l'existence du costume taillé. [Cependant] l'absence d'aiguilles à chas dans les ensembles pré-solutréens ne prouve pas que les hommes plus anciens n'étaient pas capables de fabriquer les vêtements assemblés grossièrement taillés" (Echegaray et Freeman, 1998).
    Mais l'aiguille à chas permet des travaux minutieux dont l'habillement a certainement bénéficié (Leroi-Gourhan, 1988).
     


    Aiguille brisée de
    l'abri André Ragout
    (in Balout, 1958).






    ► Art paléolithique.



    La représentation des vêtements dans l'art paléolithique n'est qu'exceptionnelle : les figures humaines sont généralement représentées nues. Cependant, Patte souligne en 1976 que la nudité des représentations artistiques ne permet pas de conclure à la nudité des hommes de cette époque, pas plus au cours de la Préhistoire que lors des périodes historiques (in Camps, 1990).
     
    • Leroi-Gourhan note qu'un certain nombre de représentations paléolithiques évoquent des vêtements. Certaines Vénus, comme celle de Willendorf, en Autriche (Gravettien), ou celle de Brassempouy dans les Landes (Périgordien supérieur), portent une sorte de résille "qui peut suggérer une coiffe" (Leroi-Gourhan, 1988).
     
     

    Dame de Brassempouy ou Dame à la capuche,
    fragment de statuette en ivoire, Gravettien moyen (26 000 / 24 000 BP)


    • Les hommes représentés à Kostienki en Russie semblent porter des sortes de ceinturons (ibid.) ; ceux de Lespugue en Haute-Garonne (Périgordien supérieur) ont des "sortes de tabliers" (ibid.).

    • Enfin, à Mal'ta en Sibérie, les êtres humains sont représentés vêtus avec des "habits à capuchons" (ibid.).


    Photo : Jelinek J., 1972: Das grosse Bilderlexikon des Menschen in der Vorzeit, Gütersloh. Bertelsmann-Lexikon-Verlag.
       









    ► Autres indices.



    • Le sol de la grotte de Fontanet en Ariège a conservé des empreintes de pas aux contours flous évoquant "un pied chaussé d'un mocassin" (Leroi-Gourhan, 1988).
     



    photo : Clottes, 1995.

    Il y a 12 000 ans, un Magdalénien aux pieds chaussés de mocassins a marché
    dans la grotte de Fontanet, en Ariège. L'empreinte qu'il a laissée est visible
    ci-contre à droite, à côté d'une série de marques sans rapport avec elle.
    Elle ne comprend pas d'impression d'orteils, contrairement à de nombreuses
    autres traces de pas laissées dans la même matière (calcite molle) et dans la même grotte.






    • Certaines sépultures suggèrent aussi l'existence de vêtements.

    Par exemple, à Sungir en Russie (25 000 à 21 000 ans), les corps sont partiellement recouverts de coquillages et de perles d'ivoire qui devaient bien être fixés "sur un support qui ne pouvait guère être autre chose qu'un vêtement" (Leroi-Gourhan, 1988).

    Sépulture de Sungir ; photo : J. Jelinek, The Evolution of Man.


    Proposition de reconstitutions des vêtements de Sungir, par Libor Balàk :



    Dernière édition par Danelle le Sam 7 Nov - 21:41, édité 5 fois
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    Re: 3.2.2. LA FABRICATION DES VÊTEMENTS.

    Message par Danelle le Mar 6 Oct - 7:54

    LA CONFECTION DES VÊTEMENTS : LES OUTILS.









    ► Les poinçons ou alênes sont des "instruments en matière osseuse présentant une extrémité façonnée en pointe, opposée à une zone de préhension plus ou moins aménagée" (Brézillon, 1969, in Piel-Desruisseaux, 1986).
    Pour Leroi-Gourhan, cet outil était probablement "tenu dans la main et tourné alternativement de gauche à droite pour percer" (1943), son utilisation étant sans doute "en rapport avec l'usage des peaux" (1962), pour perforer les peaux avant la couture (in Piel-desruisseaux, 1986).
        
    Pour Echegaray et Freeman, "ces outils conviennent bien à l'assemblage de morceaux de cuir par laçage. Il n'est pas nécessaire de modeler différemment les vêtements de peau lacés de ceux qui sont cousus" (1998).
    Ces perforations pouvaient aussi permettre le passage de l'aiguille à chas, mais D. Stordeur-Yedid s'élève contre l'idée souvent admise que l'aiguille à chas servait uniquement à passer un lien dans une peau préalablement percée avec un poinçon : pour elle, les aiguilles à chas en os sont assez solides pour perforer les cuirs souples (1979).
     
     
     
     
    ► Les perçoirs sont des outils en silex "sur lame ou sur éclat, de dimensions variables, présentant une pointe plus ou moins aigüe" (Demars et Laurent, 1992).

    Leur utilisation était vraisemblablement la même que les poinçons.

    Toutefois, Piel-Desruisseaux estime qu'ils sont plus efficaces pour "percer un os, une pierre tendre, une coquille ou une dent" (Outils préhistoriques, 2002).





    ► Les aiguilles à chas sont fabriquées en os, en bois de cervidés ou en ivoire.

    "Le principe de fonctionnement et la forme de l'aiguille à chas n'ont pratiquement pas changé depuis le Paléolithique jusqu'à nos jours, où elle est toujours utilisée sous sa forme métallique" (Bellier et Cattelain, 1998).
      
     
    La fabrication des aiguilles semble avoir comporté quatre étapes (Piel-Desruisseaux, 1986) :

    → extraction d'une baguette par rainurage ;
    → façonnage de cette baguette pour amincir l'extrémité en pointe ;
    → perçage du chas, qui peut être réalisé par plusieurs techniques, sans doute à l'aide de perçoirs ;
    → finition par polissage, mais aussi par raclage.

      
      
    RECONSTITUTION EXPÉRIMENTALE D'AIGUILLE A CHAS
    (in de Lumley, 1976).

    A / Fabrication d'une aiguille à chas (d'après F. Bordes).
    1 : grattage et usure d'une esquille en os pour préparer le percement du chas ;
    2 : amorce du forage à l'aide d'un perçoir ;
    3 : le forage affecte successivement l'une puis l'autre face et la section obtenue est en diabolo ;
    4 : l'extrémité proximale de l'aiguille a été polie autour du chas ;
    5a : le polissage est obtenu par usure sur un polissoir en grès ;
    5b : les rainures multiples de sections différentes permettent de calibrer l'aiguille selon la finesse désirée.

    B / Procédé de régularisation d'une aiguille
    par enlèvement de copeaux à l'aide d'un flanc de burin (d'après D. Stordeur-Yeddid).

        
        
    On obtient alors une "aiguille calibrée [qui] prend son aspect final, souvent une petite merveille de délicatesse du travail de l'os" (Piel-Desruisseaux, 1986).
        
        
    Voir aussi : fabrication d'une aiguille en bois de cervidé par Bernard Ginelli.



    ► Les fils, indispensables à la couture, sont eux aussi vraisemblablement fournis en grande partie par les animaux : tendons et poils fournissent des fibres de bonne qualité pour la couture.
    Mais il est bien sûr probable que les solutréens utilisaient également des fibres végétales : herbes sèches, lianes minces, nervures de feuilles...

    La fabrication des fils sera abordée plus précisément dans la partie portant sur l'utilisation des Ligaments, des Tendons et des Crins.




    .


    Dernière édition par Danelle le Mar 5 Avr - 13:43, édité 2 fois
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    Re: 3.2.2. LA FABRICATION DES VÊTEMENTS.

    Message par Danelle le Mar 5 Avr - 13:40


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