~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    ___ Le Style des sculptures.

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    Danelle
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    ___ Le Style des sculptures.

    Message par Danelle le Dim 18 Oct - 19:51

    LE STYLE DES SCULPTURES.





    Au Roc-de-Sers, les figures majoritairement représentées sont les figures animales.
    Malheureusement, la fragmentation de la frise sculptée lors du démantèlement de la paroi a abouti à la perte d'un nombre important d'informations
    concernant le style des représentations.



    On peut toutefois discerner une incontestable unité technico-stylistique, et certaines des conventions graphiques adoptées par les solutréens du Roc-de-Sers :

    Disproportion des figures.
    Caractéristiques spécifiques.
    Minimalisation des détails anatomiques internes.
    Mise en valeur de la puissance animale par l'affirmation des masses musculaires.
    La perspective.
    L'animation des figures.








    ► Disproportion des figures.




    De nombreuse figures sont caractérisées par une dysharmonie antéro-postérieure : l'avant-main est fortement développée, la croupe un peu abaissée et la ligne abdominale arrondie et relevée vers l'arrière.
    Les membres apparaissent proportionnellement courts et trapus, comparés au volume thoracique et abdominal, mais les rapports de longueurs et d'épaisseur entre les différents segments des membres sont correctement respectés.

    → Ces caractéristiques stylistiques correspondent à la définition
    du Style III d' A. Leroi-Gourhan («animaux bassets»).


    Ces représentations avaient conduit les premiers observateurs de la frise à y voir des femelles gravides, en particulier pour les chevaux des blocs ABC et D : "tous les chevaux sont des juments gravides à courtes pattes" (Breuil, 1974).


    ► Caractéristiques spécifiques.


    Certains traits semblent considérés comme caractéristiques des espèces représentées : par exemple, chez les chevaux, on note l'absence du contours délimitant la crinière, ou chez les bisons, le rachis dorso-lombaire particulier de type "hyper-bison".

    Les segments distaux des membres sont figurés avec le plus grand soin : les sabots de chevaux, à un seul ongle, sont représentés de profil alors que ceux des bisons sont figurés de face pour mettre en valeur leur caractère bisulque.
    Delporte (1984) souligne que malgré la détérioration importante subie par l'ensemble des blocs, "les figurations animales du Roc-de-Sers sont caractérisées par le soin avec lequel ont été traités les segments distaux des membres : les sabots des chevaux, en forme de boule, ne trouvent leurs analogues que chez d'assez rares animaux peints, par exemple à Lascaux ; quand aux bovidés du Roc-de-Sers, leurs sabots [fendus] sont rendus avec la plus grande précision".









    ► Minimalisation des détails anatomiques internes.


    A quelques exceptions près (par exemple la crinière de l'ovibos-bison) aucun remplissage interne n'est matérialisé.







    ► Mise en valeur de la puissance animale par l'affirmation des masses musculaires.


    Les animaux sont représentés vigoureux et dotés d'une musculature puissante.  On ne peut ignorer la corrélation entre le volume naturel de la pierre et l'anatomie des animaux représentés. Ainsi, par exemple, chez les chevaux, l'épaule et la tubérosité correspondant à la pointe humérale sont fortement mises en relief.
    On doit en conclure que les artistes solutréens choisissaient l'animal qu'ils allaient représenter en fonction de la forme générale du support.

    "Ces effets visuels conduisent à la mise en forme de détails anatomiques, que l'on peut qualifier d'un naturalisme exacerbé en raison du grand pouvoir expressif qu'ils dégagent. L'organisation et le rendu de la morphologie attestent une connaissance approfondie des modèles" (Tymula, 2002).





    La perspective.


    Les corps des animaux sont représentés de profil, mais les sculpteurs solutréens ont plusieurs solutions graphiques pour traduire la perspective.

    Les solutréens ont utilisé la figuration de trois-quarts : le poitrail des chevaux est représenté de trois-quart, ce qui permet de dégager la pointe de la seconde épaule. De même, l'écartement des cornes des bouquetin à leur base est visible grâce à une vision de trois-quart ; le tracé interdigité des sabots des bisons est légèrement excentré ; les oreilles sont représentées en vue frontale, pavillon ouvert vers l'observateur.






    ► L'animation des figures.


    "Les sculpteurs ont toujours essayé de créer l'illusion du mouvement et en particulier le mouvement des êtres en action"
    (Baudry, Bozo, La sculpture. Méthode et vocabulaire, 1990).


    A. Leroi-Gourhan définit deux types d'animation :
    → l'animation segmentaire, qui n'intéresse qu'une partie du corps du sujet,
    → et l'animation coordonnée quand les animations segmentaires s'additionnent pour traduire le mouvement global de l'animal.



    La position des membres permet d'animer les animaux : par exemple, le cheval Ch.1 a le membre postérieur droit levé et en extension arrière et l'antérieur droit en légère flexion au niveau du genou.




    La position ascendante ou descendante des figures animales sur un plan incliné non figuré, avec l'intensité variable de l’extension d'encolure, est une technique d'animation fréquente dans la frise.

    La position de la tête permet aussi d'exprimer le mouvement, par exemple dans le cas des bouquetins affrontés du fragment O : la tête, fortement penchée sur le thorax, renforce l'idée d'un choc frontal entre les deux animaux. La tête de l'ovibos-bison,  basse et dirigée vers le sol (et légèrement décalée vers la droite car la roche dessine à cet endroit une courbe vers l'intérieur) représente vraisemblablement une attitude d'excitation avant la charge.

    La position de la queue constitue aussi un élément d'animation. La position de la queue traduit chez la plupart des espèces le degré d'agitation de l'animal.




    La suggestion du mouvement a donc indéniablement préoccupé les artistes solutréens, même si "c'est la puissance statique qui l'emporte largement sur le mouvement dynamique" (Delporte, 1984).
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    Danelle
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    Re: ___ Le Style des sculptures.

    Message par Danelle le Jeu 7 Avr - 7:19


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