~ QUELQUES PARCELLES DE PALÉOLITHIQUE ~

Le Solutréen : une culture de chasseurs paléolithiques du dernier maximum glaciaire, il y a 20 000 ans.


    1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

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    Danelle
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    1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

    Message par Danelle le Mer 23 Sep - 20:47



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    Re: 1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

    Message par Danelle le Mer 23 Sep - 21:00

    Généralités : le SOLUTRÉEN, une culture paléolithique.




    • Qu'est-ce qu'une Culture préhistorique ?



    Avant d’aborder la place de l’animal dans la culture solutréenne, il semble indispensable de définir le terme de « culture ».

    Dans son sens ethnologique, une « culture » regroupe “l’ensemble des valeurs, des connaissances et des comportements par lesquels des individus marquent leur appartenance à une ethnie et signalent leur différence avec les étrangers”.
    Le sens de ce mot a été modifié par les préhistoriens pour désigner “l’association d’un certain nombre d’éléments de la culture matérielle d’une population, ceux qui se conservent, et que l’on est capable de reconnaître” (LEROI-GOURHAN, 1988). Une « culture » au sens préhistorique du terme implique également des notions de limites chronologiques relativement précises.


    • A quoi correspond le Paléolithique supérieur en Europe ?


    Le Solutréen est défini par J. BRIARD comme la “phase moyenne du Paléolithique supérieur en Europe, correspondant à un épisode de froid intense
    qui voit la banquise s’étaler sans interruption de l’Écosse à Mourmansk” (1995).




    Le Paléolithique (étymologiquement : ancien âge de la pierre - ou âge de la pierre taillée, par opposition au Néolithique, nouvel âge de la pierre - ou âge de la pierre polie) est la première et la plus longue période de la Préhistoire ; cette période commence avec l'apparition de l'homme il y a trois millions d'années et s'achèvent il y a environ 12 000 ans BP. Le Paléolithique est  contemporain de la période géologique du Pléistocène.
     

    Le Paléolithique est subdivisé en trois périodes : le Paléolithique inférieur, le Paléolithique moyen, et le Paléolithique supérieur.




    Le Paléolithique supérieur en Europe se situe entre 35 000 et  10 000 ans BP, donc recouvre la dernière période glaciaire, et marque l’apparition de l’homme moderne (Homo sapiens sapiens ou Homme de Cro-Magnon) : BARRIERE et PAJOT le décrivent comme “un être de grande taille, robuste, au cerveau développé, intelligent et réfléchi, qui sait s’adapter aux conditions biogéographiques et en tirer le meilleur parti possible” (1980).


    Plusieurs cultures se succèdent au cours du Paléolithique supérieur en Europe : l'Aurignacien, le Gravettien, le Solutréen, le Badegoulien, le Magdalénien principalement.





    Actuellement, si ce découpage chronologique n'est pas remis en cause, certains auteurs préfèrent une interprétation plus dynamique rendant compte plus globalement de l'évolution socio-culturelle des sociétés humaines paléolithiques. Ainsi, C. RENARD pense qu'il "apparait à présent que le strict « découpage » du Paléolithique supérieur, perçus comme des entités culturelles indépendantes, doit être dépassé pour parvenir à mieux cerner les traditions humaines et les dynamiques évolutives à l’œuvre dans cette longue histoire de l'Homme anatomiquement moderne" (Les premières expressions du Solutréen dans le Sud-Ouest français, 2010).


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    Re: 1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

    Message par Danelle le Mer 23 Sep - 21:11

    Chronologie du Solutréen.




    Le Solutréen existe en France entre -21 500 et -18 700 années BP, et un peu plus longtemps en Espagne.



    Le terme de "années BP" est utilisé en archéologie pour désigner les datations obtenues par la technique du carbone 14.
    "BP" signifie "Before Present", le "Present" correspondant dans ce cas à l'année 1950.
    Les années BP peuvent être converties en années BC ("Before Christ").


    Le Solutréen est l'une des cultures paléolithiques ayant connu la plus brève existence.




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    Re: 1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

    Message par Danelle le Mer 23 Sep - 21:16

    Extension géographique.





    Le Solutréen est aussi la culture paléolithique qui a connu l’extension géographique la plus restreinte :
    l'esprit ainsi que le savoir-faire solutréens sont restés exclusivement occidentaux.








    L'aire de répartition du Solutréen est "limitée au nord par le bassin parisien, à l'est par le Rhône. Au sud, le Solutréen se localise d'une part le long de la côte méditerranéenne de l'Espagne jusqu'à la région du Parpallo, d'autre part dans les Pyrénées jusque dans la région cantabrique" (Vialou, 1991).


    Cette répartition limitée à la frange occidentale du continent européen distingue le Solutréen des autres cultures du paléolithique supérieur, plus clairement pan-européennes.


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    Re: 1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

    Message par Danelle le Mer 23 Sep - 21:20

    L'origine de la culture solutréenne.





    L'origine de la culture solutréenne a été beaucoup discutée : en effet, elle est apparue brutalement, "sans caractères annonciateurs dans les cultures précédentes" (Garanger, 1992).

    On a voulu voir dans le Solutréen l'intrusion d'une nouvelle population ou d'une nouvelle culture dans la séquence régulière du Paléolithique supérieur. Depuis plus d'un siècle, les hypothèses sur l'origine de cette population se sont succédé sans jamais apporter de réponse convaincante.
     
     
    ► Certains ont évoqué une origine orientale, à partir du Szélétien de l'Europe centrale riche en pontes foliacées à retouches bifaciales (Laming-Emperaire, 1962).

    ► D'autres ont pensé que le Solutréen dérivait de l'Atérien nord-africain (Pericot et Jorda Cerda, 1979, in Leroi-Gourhan, 1988)

    ► D'autre encore ont proposé une origine nordique (Djindjian, Koslowski et Otte, 1999).

    ► L'hypothèse généralement admise présume un développement indigène en France, plus précisément dans la vallée du Rhône, à partir des cultures locales (Smith, 1966 ; Chaline, 2000).

    ► Enfin, M. Clottes a proposé une origine composite : un proto-solutréen dérivant d'une tradition septentrionale, et un Solutréen à feuilles de laurier issu de la culture atérienne nord-africaine.


    Pour G. Camps (1982), "l'une des questions les plus irritantes que pose le paléolithique supérieur français est bien celle de l'origine du Solutréen".



    Certains préhistoriens ont une vision différente du problème.

    "Sur l'origine du Solutréen, les hypothèses sont diverses et j'ai dit plus haut qu'il est difficile de choisir entre celles qui font venir les Solutréens des steppes de l'Asie centrale et celles qui leur font dévaler les pentes des Pyrénées ou franchir la Méditerranée. Une telle attitude est commandée par le fait que l'on suppose que des hommes, les « Solutréens », se sont déplacé pour apporter une culture complète, la culture solutréenne, alors qu'il suffit, sans déplacer personne, de laisser circuler les idées et quelques objets de proche en proche pour que s'établisse, sur un domaine où règnent les mêmes conditions d'existence, un réseau culturel qui sera forcément fait de d'identités et de dissemblances" (Leroi-Gourhan, Préhistoire de l'art occidental).

    Ainsi, pour P.-Y. Demars (1995), "le Solutréen n'est pas une culture. Il n'est qu'une tradition technique qui est apparue en Aquitaine après l'abandon des modes de taille gravettiennes". La bonne question serait alors de "comprendre pour quelles raisons les populations de la façade atlantique, contrairement à ce qui se passe  plus à l'est, ont abandonné la tradition gravettienne des pièces à dos abattu et ont développé celle de la retouche couvrante" (Ibid.).








    • Cependant, pour C. RENARD, "les origines du Solutréen ne sont, en l'état des recherches, pas un problème puisqu'elles ne peuvent raisonnablement être saisies" (Les premières expressions du Solutréen dans le Sud-Ouest français, 2010).



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    Re: 1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

    Message par Danelle le Mer 23 Sep - 21:31

    Une industrie lithique caractéristique.




    L'industrie lithique solutréenne est caractérisée par une retouche plate et longue, presque parallèle au plan de l'outil, qui a permis la réalisation de magnifiques pointes bifaces caractéristiques, appelées "feuilles de laurier" ou "feuilles de saule".





    Cette technique ne présente de continuité ni avec l'Aurignacien qui précède, ni avec le Magdalénien qui suit. L'apparition inattendue et la disparition brutale de ces feuilles de laurier expliquent que le Solutréen a été longtemps considéré comme une "infiltration étrangère" (Laming-Amperaire, 1962).
    Cependant, en s'appuyant d'une part sur le fait que seule l'industrie lithique marque une rupture avec les cultures précédentes et suivantes, et d'autre part sur l'amélioration technique progressive de la retouche plane, Leroi-Gourhan (1988) est "porté à voir en cela le développement général progressif d'une technique de fabrication de pointes, jugée en un temps meilleure que celle des canifs à dos épais, puis abandonnée pour autre chose".







    Il n'en reste pas moins que le Solutréen marque un sommet dans la technique de la taille du silex au Paléolithique ;
    pour le docteur CHEYNIER, "le travail du silex est une fin au Moustérien, un moyen à l'Aurignacien, un art au Solutréen" (in Nougier, 1959).




    Paradoxalement, le reste de l'outillage lithique marque un recul par rapport à celui de l'Aurignacien, et "l'outillage osseux est pauvre, malgré l'invention de l'aiguille à chas" (Djindjian et al., 1999).
    Néanmoins, SMITH a ébranlé cette idée de l'absence d'industrie osseuse au Solutréen en mettant en lumière l'existence sur des sites solutréens, comme celui du Fourneau-du-Diable (Dordogne), d'une grande variété d'objets en os (Smith, 1966).


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    Re: 1.1.2. CADRE CHRONOLOGIQUE.

    Message par Danelle le Jeu 24 Sep - 7:19

    Contexte climatique.






    Le climat est un élément majeur pour la connaissance d'une population préhistorique, puisqu'il détermine "la composition de la flore et la présence/absence de certains animaux", agissant ainsi de façon  indirecte "sur le comportement humain"

    (Mohen et Taborin, 1998).





    ► Le Solutréen correspond au contexte climatique de froid et de sécheresse de la dernière glaciation, appelée, dans la chronologie alpine, glaciation de Würm.
     
     



    "La température moyenne annuelle était très basse et, bien que les estimations varient selon les sources, il semble possible d'avancer qu'elle a pu se situer aux alentours de 0°c. Le sol est alors entièrement glacé une grande partie de l'année (Pergélisol : sous-sol gelé en profondeur dont seule la partie superficielle dégèle en été), ainsi que l'analyse micro-morphologique de lames minces des sols l'a montré" (Clottes, La France Préhistorique, 2010).
                                        
    Ainsi, des données paléoclimatiques récentes ont montré qu'au Solutréen "les températures du mois le plus chaud de l'année [étaient] inférieures de 10°c à celles des climats européens actuels, [...] et pour le mois le plus froid, en Europe de l'Ouest, inférieures d'environ 20°c par rapport au climat actuel" (Renard, 2010).
                  
                             
                                           
    Cependant, "il est erroné de considérer que le Solutréen a été entièrement marqué par la rigueur climatique du dernier maximum glaciaire" (Clottes, 2010). La progression du froid ne se fait pas d'une manière continue : les périodes de froid intenses sont entrecoupées d'épisodes plus cléments : "l'établissement de courbes de variation de la température permet d'observer de multiples phénomènes climatiques tempérés ou froids très bref, de l'ordre du siècle" (Clottes, 2010).
    Et même au cours des périodes froides, "en France les glaciers ne sont guère développés que sur les massifs montagneux" (Leroyer, 1991).




    Ainsi, "dans le contexte du Dernier Maximum Glaciaire de l'Europe occidentale, le climat demeurait froid mais pouvait connaître des périodes d'instabilité abrupte et soudaine marquées par des épisodes inter-stadiaires de « réchauffements ». Des « réchauffements » qui demeuraient cependant froids par rapport au climat actuel" (Renard, 2010).

      
                   
                        
                       
                          
    ► Un des traits climatiques essentiels du Solutréen était aussi "l'existence, en toutes saisons, de vents violents soufflant des calottes glaciaires vers les régions périglaciaires" (Pitte, 1989).
                    
                        

    En Charente, le Solutréen marque la disparition des forêts denses aux sous-bois humides et des marécages permanents. Le paysage solutréen charentais était celui d'une "steppe froide ressemblant à la steppe actuelle de la Volga et de l'Amour" (Guillien, 1943).
     
     



    C'est la Toundra, caractérisée par la présence de dryade octopétale (Dryas octopetala), une plante qui a donné son nom à une des dernières périodes climatiques du Würm. Elle est accompagnée d'armoises (genre Artemisia, regroupant des herbacées, des arbrisseaux et des arbustes ; exemple : Artemisia glacialis L.), de plantes herbacées de la famille des chenopodiaceae, de Graminées, du bouleau nain (actuellement présent dans de nombreuses régions arctiques) et du saule polaire, ces deux arbustes poussant à l'horizontale, au plus près du sol.


    Betula nana L, photo Mathieu MENAND, Finlande, 2009.



    Les solutréens charentais vivaient donc dans de grands espaces découverts "où abondaient graminées et armoises" (Leroyer, 1991), ce qui n'excluaient pas la présence de prairies grasses le long des fleuves, ainsi que de quelques bouquets d'arbres, essentiellement des résineux, dans les zones abritées au pied d'abrupts rocheux ou le long des cours d'eau.

     
     











    ► Ces contraintes climatiques ont eu également des répercussions sur les espèces animales présentes au Solutréen, les zones habitables lors du dernier maximum glaciaire en Europe étant réduites : "pendant le maximum glaciaire, les biocénoses européennes les plus froides disposaient d'un espace assez limité. La grande plaine nord-européenne était totalement dépeuplée. La situation géographique des gisements ayant livré du Solutréen montre clairement qu'en Europe de l'Ouest, seul le quart sud-ouest de la France était encore habitable" (Delpuech, 1999).

     







    D'autre part, Françoise Delpuech a montré (Biomasse d'Ongulés au Paléolithique et inférences démographiques, Paléo, 1999) que les ongulés ont vu leur taille et leurs effectifs nettement réduits lors des pics de froids les plus intenses.

    • "La diminution d'effectif constitue une réponse adaptative de la population à des conditions devenant peu favorables ; elle peut précéder la disparition de l'espèce de la région concernée" (ibid.).
    • Les conditions climatiques du Solutréen ont fait que les zones habitables ont constitué des isolats de populations, comparables à des populations insulaires ; or, "les espèces insulaires se caractérisent sur le plan morphologique par une taille moyenne plus faible que leurs homologues continentaux" (ibid.), ce qui correspond aux observations archéozoologiques.




















    À suivre : Les Sites Solutréens Charentais.

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